L'ANATHEME
Notre Dieu à tous, qui est aux cieux,
Ouvre grand ton coeur et tes yeux,
Regarde et écoute mon anathème,
Mon coeur cri et blasphème.
Je hais.
Je hais le monde que tu as créé,
Et l'écho silencieux du mot Aimer.
Je condamne toutes les religions,
Qui créent dans le monde, tant de rébellions.
Je hais les idéaux que tu as inventé,
Et le vide pesant des mots Liberté et Egalité.
Regarde.
Les hommes ne sont pas tous des frères,
Corrompus jusqu'à dans leur sang,
Ils ont inventé l'exclusion, organisé les rangs.
Certains croulent sous l'or, d'autres s'écroulent sous la misère.
Beaucoup manipulent pendant que leurs fils font la guerre.
Il y a tellement de morts que des fosses remplacent les cimetières.
Regarde.
Le regard impuissant de ces femmes,
Toutes prêtent à vendre leurs âmes,
Pour donner un avenir meilleur, une terre de prospérité,
A tous ces enfants et à tous ces oubliés,
Tous ces gens inscrits sur aucunes listes,
Même pas celles des morts, des victimes.
Regarde. Et suis les chemins, les routes, les pistes.
Mon c½ur et mon esprit sont unanimes :
Tout nous conduit à la destruction.
Notre père à tous, ton monde n'est que désillusion.
Ecoute.
La mort et le cahot règnent ici-bas.
Le paradis et la terre sont dépravés,
La vie, un bien vite consommé.
Ecoute. Dieu, Allah.
Ecoute le cri sourd de mon anathème,
Et fait qu'aujourd'hui et demain ne soient pas les mêmes.
.
Tu restes silencieux.
Que te faut-il encore pour que tu comprennes ?
Le chant des bombes ne te suffit pas ?
Regarde. Regarde encore.
Je te présente la folie humaine !
Avec ces milliers de morts.
Partout où tu poseras le pied, tu verras :
Des hommes armés, des femmes violées,
Des enfants qui assassinent, des mains qui se tendent,
Des familles anéanties et brisées,
Des forêts rasées, des murs qui se fendent.
Partout. Du Sud au Nord.
De l'Est à l'Ouest.
Regarde. Regarde encore.
A quoi bon faire des efforts,
Si la haine est la seule qui reste,
Quand l'espoir s'est enfui,
Quand la mort prend le dessus sur la vie.
Ecoute.
L'innocence n'existe plus.
Il n'y a plus de limites, le pire est maintenant toléré.
Ici-bas, on a le droit de tout faire,
On peut décider quand, où et qui tuer.
Et surtout on a de plus en plus le droit de se taire,
De courber le dos, de baisser les yeux.
Ce n'est plus la loi qui fait les hommes, mais les hommes qui font la loi.
On doit subir et accepter l'inacceptable.
Et garder au fond de nous, les rêves inaliénables.
Tous ces rêves, ces espoirs, à jamais perdu.
J'ai mal.
Les pluies acides se mêlent à mes larmes,
Et l'encre ma seule et unique arme,
Coule et s'évapore entre mes doigts.
Le bilan est trop lourd, le poids trop difficile à porter.
Les mots si cruels et déjà si fatigués.
Notre Dieu à tous, qui est aux cieux,
Pourquoi as-tu déjà fermé les yeux ?